dimanche 13 janvier 2008

Fiche de lecture (01/2008) : Le Photographe



En 1986, Didier Lefèvre se joint à une mission de MSF en Afghanistan, pour témoigner de leur action. De Peshawar (Pakistan), ils rejoignent après 1 mois de marche, de nombreux cols, et quelques bombardements russes, Zaragandara et l'hôpital dont s'occupe MSF. Par "hôpital", il faut comprendre pièce et terrasse qui accueilleront les médecins, venus là pour soigner les plaies du quotidien (brulures, ...) et les traumatismes de la guerre contre les Russes. A l'issue d'un mois d'activité, Didier repart seul vers Peshawar, et ce retour manque de lui coûter la vie.

Partant des notes et du récit de Didier Lefèvre, Emmanuel Guibert raconte et dessine ce voyage. Le livre (en 3 tomes) mèle dessins et photos, parfois très durs quand les horreurs que la guerre inflige aux corps sont présentées, parfois drôles, souvent très beaux, même si le graphisme est assez loin de ce que j'aime habituellement.

Ce livre est bouleversant.


J'en retiens l'engagement des hommes et femmes de MSF, médecins, infirmièrs, et logisticiens, qui se rendent au bout du monde porter secours aux plus démunis, à ceux qui font la guerre et à ceux qui la subissent. Leurs conditions de vie sont des plus démunies, leur pratique de la médecine s'exerce dans des conditions que nous ne pourrions imaginer en France, d'insalubrité notamment. Et malgré cela, ils sauvent des vies. *

J'en retiens aussi leur amour de l'Afghanistan, auquel succombe Didier Lefèvre. Le pays est dur, les hommes ne sont pas toujours francs, quand ils abandonnent le photographe lors de son retour vers Peshawar par exemple, mais il se dégage du livre un quelque chose qui donne envie d'aller voir par soi-même si l'attrait est irrésisitible (encore que les choses ont dû changer depuis les années 80).

A lire, donc.


* sur MSF et ses actions, il faut aussi lire les Chroniques Birmanes, de Guy Delisle. C'est beaucoup plus léger, Delisle y raconte sa vie d'expatrié, homme à la maison alors que sa femme travaille, pour MSF justement.


Comme dans chacun des ses livres, sous le prétexte de nous raconter quelques touches de sa vie, Delisle est un guide touristique géopolitique. Par exemple, je ne comprenais pas pourquoi la France s'obstine à appeler "Birmanie" le pays qui aujourd'hui s'appelle Myanmar. Maintenant, je sais. Avec Pyong-Yang, je crois avoir appris quelques clés qui m'aident à mieux comprendre les tensions actuelles autour de la Corée du Nord.


Ou comment un art dit "mineur" nous instruit beaucoup mieux que certaines des autres canaux pourtant plus faciles d'accès (la télé par exemple).

2 commentaires:

Oh!91 a dit…

Bravo! Ce livre, ou plutôt ces livres, puisqu'il y en a trois volumes, sont effectivement des chefs-d'oeuvre. Je suis content d'en trouver cette promotion sur ton blog : c'était notre cadeau à mon frère pour Noël. L'histoire est belle, le dessin est beau, les photographies sont un témoignage exceptionnel, et ce traitement, biographique et historique, mêlant photos et dessins, croisant les modes, faisant échapper cet ouvrage aux classifications habituelles, est une belle trouvaille.

La Girafe a dit…

@Oh : voilà, tout est dit !